Écoute ça, et écoute-moi bien.

Au début, le zombie avait de la gueule.
C’était pas ce buffet de viande avariée sur la bien trop longue série "Walking dead"
Non, le vrai zombie, le canal historique, il est né dans la sueur et le sang de Haïti. Un pur produit du vaudou et du colonialisme. Le zombie haïtien, c’est l’esclave ultime : un pauvre type privé de son âme, de sa volonté, condamné à bosser dans les champs de canne à sucre pour l’éternité sous le fouet d'un "bokor" (sorcier, pretre Vaudou) . Une tragédie totale, viscérale, politique.

Puis le mythe a pris le bateau, direction la Nouvelle-Orléans. Là, ça s'est mâtiné de jazz, de bayou, de folklore de pacotille pour touristes en quête de frissons Vaudou. c"est devenu un grand guignol exotique, mais le fond restait le même : la peur de perdre le contrôle.

Et puis Hollywood a braqué ses projecteurs dessus. George Romero – béni soit son génie nihiliste – a compris le truc en 1968. Dans les films, le zombie est devenu le miroir de notre propre déchéance. On ne fuyait plus le monstre, on se fuyait nous-mêmes. Consommateurs décérébrés agglutinés dans des Malls, masses informes et muettes avançant au radar.

Mais regarde-nous aujourd'hui, en 2026. Regarde ton reflet sur l'écran noir de ton smartphone. Il est ou le zombi désormais ?

Le bokor d’aujourd’hui ne porte pas de chapeau de forme ni de colliers d'os. Il s'appelle Zuckerberg, Musk, ou l'algorithme de TikTok. Les réseaux sociaux, c'est la nouvelle potion de réanimation des morts-vivants. On passe nos journées à scroller, le regard vitreux, le pouce engourdi, à injecter de la dopamine artificielle dans nos cerveaux atrophiés. On est devenus les zombies de notre propre futilité, esclaves volontaires d'une plantation numérique mondiale gérée par les GAFAM. On ne pense plus, on réagit. On ne vit plus, on "like". Une armée de spectres numériques qui hurlent dans le vide.

"Le chef-d'œuvre absolu des maîtres du monde, c'est de nous avoir transformés en monstres dociles tout en nous faisant croire qu'on est hyper connectés et super branchés."

Pendant qu’on s’excite sur des clashes en 280 caractères, la vraie menace avance à bas bruit. Et elle ne vient pas d’un virus échappé d'un labo militaire. Elle vient de l’extrême-droite et des nouveaux seigneurs de la guerre médiatique. Regarde l'empire d'un Bolloré ou des magnats de la tech ultra-libertarienne. C'est de la nécromancie de masse, mon pote.

Ils ont capturé les ondes, les journaux, les cerveaux. Ils injectent leur venin de peur, de haine et de nostalgie rance directement dans le flux intraveineux de l'actualité. Ils manipulent les médias pour lobotomiser le débat public, érigeant des spectres et des boucs émissaires pour qu’on ne regarde pas là où ça fait mal. On est en train de se faire bouffer le cortex par une idéologie zombie – un truc mort, putride, qui date des années 30 – mais réanimé à coups de milliards et de prime-times.

Alors ouais, range tes films de George Romero. La fin du monde n'aura pas la bande-son d'un film d'horreur. Elle aura le bruit feutré d'une notification push, le rire cynique d'un milliardaire en costard, et le silence de mort d'une population qui a renoncé à penser.

Allez, tape sur ton écran. Reste connecté. Le bokor te regarde.

THE SYMBOLLS - Do the Zombie
THE ZOMBIES - Time of the season
DR JOHN - Gri Gri Gumbo Yaya
SCREAMIN' JAY HAWKINS - Frenzy
THE PRETTY THINGS - Baron Saturday
Teaser "Night of the living-dead"
SUFJAN STEVENS - They Are Night Zombies!! They Are Neighbors!! They Have Come Back From the Dead!! Ahhhh!
RADIOACTIVIDAD - Los Zombies
THE METERS - Fire on the Bayou
CHILDISH GAMBINO - Zombies
FELA KUTI - Zombi
THE WILD ZOMBIES - Zombies on my back