La scène psychédélique new-yorkaise des années 60 , oubliez les utopies pastorales de la West Coast et les envolées mystiques à deux balles ; ici, la révolution ne s'est pas faite à coups de fleurs dans les cheveux, mais à coups de larsen dans les gencives. New York a accouché d’un psychédélisme claustrophobe, né sur le bitume crasseux de Greenwich Village, nourri aux amphétamines et façonné dans la moiteur rouge sang de la Back Room du Max’s Kansas City ou sous les stroboscopes sadiques du Fillmore East.

C’était le triomphe de la névrose urbaine érigée en art total. Une faune de marginaux magnifiques où le génie clinique et cynique de la Factory de Warhol croisait la route du Velvet Underground, de la froideur électronique de United States of America ou des provocations dadaïstes des Mothers de Zappa.
C’était une époque bénie et terrifiante où l’incompétence technique crasse d’un groupe comme The Godz devenait une illumination chamanique, où la lourdeur préhistorique de Vanilla Fudge et de Sir Lord Baltimore posait les bases du metal, et où le garage poisseux de The Third Bardo ou de The Mystic Tide touchait au sublime en l'espace d'un single à deux balles.

Ils n’ont pas cherché à ouvrir les portes de la perception pour y voir des arcs-en-ciel ; ils ont préféré faire sauter le disjoncteur pour regarder la paranoïa en face, déconstruisant le blues et la pop jusqu’à l’os à la manière d’un Captain Beefheart en transe. Ces types n'avaient pas d'avenir, pas de plan de carrière, et la plupart ont fini consumés par leurs propres démons ou oubliés dans les bacs à soldes de l’histoire.

Mais en refusant de jouer le jeu de la jolie musique pour bourgeois défoncés, ils ont injecté une dose de goudron, de fureur et d’honnêteté brute dans les veines du rock’n’roll. Ils ont inventé le punk, la noise, le lo-fi et tout ce qui importe encore aujourd’hui. Alors ouais, ça grincait, ça saignait, c'était inécoutable pour le commun des mortels, mais bordel, c’était le bruit le plus honnête, le plus viscéral et le plus magnifiquement dangereuxde cette époque...